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Exil(s)

Création mai 2019 

Création autour de la notion d'exil

Théâtre musical

ÉQUIPE


ECRITURE ET MISE EN SCENE / Bertrand Sinapi

COLLABORATION A L’ECRITURE / Joumana Maarouf

DRAMATURGIE / Amandine Truffy et Emmanuel Breton

JEU / Amandine Truffy et Katharina Bihler

TRAITEMENT ELECTROACOUSTIQUE ET CONTREBASSE / Stefan Scheib

CAPTATION SONORE ET TRAITEMENT ELECTROACOUSTIQUE / Lionel Marchetti

VIOLONCELLE ET LOOPSTATION / André Margenthaler

ARRANGEMENT CHANSON / Fred Fresson

LUMIERE – ESPACE - CORPS / En cours

REGARD SOCIOLOGIQUE ET RETRANSCRIPTION / Tamara Pascuto

PRODUCTION ET ADMINISTRATION / Inès Kaffel


" Et cette nuit ne s'arrêtait jamais, toujours identique à elle-même, toujours aussi noire, toujours aussi silencieuse et éternelle. La nuit souterraine est vraiment différente de la nuit cosmique, l'opacité est absolue. A l'extérieur au contraire on y voit toujours un peu, la nuit ; la lueur des étoiles ou celle de la nuit laisse toujours apercevoir quelque chose, quelques objets. Là où je suis, rien. 
Dans ce monde ou tout est néant, une seule chose subsiste, ma pensée : va-t-elle aussi sombrer dans ce néant sans fin ? C'est comme un vertige de la pensée et je la sens prête à chavirer. "

 

Michel Siffre, Vie Souterraine

Genêse du projet - Radio Passage Spécial Syrie

Notre saison précédente s’est conclue par la mise en place d’une radio « spécial Syrie » avec le festival Passages et à l’occasion du 3ème anniversaire de la signature de la Charte d’Amitié entre Metz et Alep. Nous y avons été bouleversés, violentés par notre impuissance - si régu- lièrement et cruellement rappelée ces derniers temps... Cette radio a marqué notre rencontre avec l’auteure syrienne, Joumana MAAROUF, réfugiée à Metz avec sa famille. C’est à ce moment là que nous nous sommes rapprochés des acteurs associatifs locaux, qui tentent là-bas d’aider les populations civiles tout en organisant ici l’accueil des refugiés. Ce sont le courage des hommes et des femmes pris en étau dans ces conflits insondables et la nécessité de faire entendre leurs voix qui ont impulsé ce projet sur l’exil.

Collectes de paroles

Les travaux d’écriture de la compagnie se font en dialogue avec la collecte de matériaux en amont de l’écriture des projets, afin de bousculer et nourrir nos imaginaires. Confrontant les ressentis et accumulant les expériences, nous y puisons la matière d’une écriture poétique ancrée dans le réel, avec la volonté de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas toujours. Ces apports sont au cœur des temps de médiation où se valident mais aussi se modifient les intuitions et les intentions de notre travail.

Depuis 2016, nous avons donc mis en place un important travail de collecte, autour des notions d’exil et de frontières – tant géographiques que mentales – sur tout le territoire lorrain. Au sein des centres d'accueil de demandeurs d'asile de l’AMLI réseau Batigère, auprès de la population du quartier classé ZUS de La Patrotte, dans des foyers séniors répartis sur le territoire régional, ou dans l’atelier « El Warsha » mis en place à l’Espace BMK avec le festival Passages, ouvert aux réfugiés nouvellement arrivés et aux habitants de la ville - nous demandons à ces personnes, d’âges, d’origines et de milieux sociaux très variés de nous parler de l’exil, de leurs exils. En plus des récits de vie, des anecdotes, des témoignages, nous collecterons des chansons, des bruits, des sons, des musiques, des grains de voix, des langues. 

Intention artistique

Ce récit prendrait place quelque part dans les gouffres de la terre, quelque part au fond de l’océan, de la mer... dans les méandres de notre Histoire. Un espace de l'attente, comme ceux qui se situent entre deux gares, entre deux terminaux d’aéroport, entre deux frontières. Un de ces endroits où l’on est arrêté dans sa course, où le passé n’existe plus vraiment, où le futur est en suspend. Un de ces passages où l’on ne passe pas. Un espace comme ceux que nous fait entrevoir le spéléologue et poète souterrain Michel Siffre quand il s’enferme au creux de la terre. Les contrebas de la terre que nous décrit Jules Verne dans le « voyage au centre de la terre »... Une caverne comme celle de Platon où dansent les ombres d’un monde fantasmé et rêvé. 

Nous souhaitons que la forme donnée à la mise en voix de ces paroles soit très simple. Nous voulons un espace scénique épuré, laissant la place à la parole afin que celle-ci soit première. Nous l’imaginons avoir la simplicité d’une lecture où le texte s’entend en liberté, où les émotions gagnent le public sans le truchement d’effets techniques ou scéniques, où les comédiens sont au premier plan. Ce seront la musique et les sons, langues et chansons recueillies qui créeront l’espace/temps.

Nous donnerons à entendre ce que Steve Reich nomme une « mélodie du discours » où les voix seront comme les restes fantomatiques des gens que nous aurons rencontrés, initiant un documentaire musico-théâtral. Les chants, les mélodies seront tour à tour présent tel qu’ils nous auront été livré ou réinventé et servant de modèle aux motifs mélodiques de la composition instrumentale. La musique, les sons, seront à considérer comme un alter ego avec lequel dialogueront sur scène le réel et la fiction, la grande histoire et le mythe, le texte et la musique, l’œuvre et le public.

Depuis longtemps nous souhaitons approfondir nos habitudes d’ouvertures en créant un spectacle qui s’appuie sur des artistes issus des quatre coins de notre Grande Région. Et ce projet nous semble particulièrement indiqué pour le faire. Le mélange des genres, des cultures, et des langues nous semble en effet nécessaire à sa réalisation. Car c’est l’amour du dialogue, de l’ouverture à l’autre qui nous motive in fine dans la création théâtrale.

Le format final du projet mêlera ainsi les langues au plateau. Le Français, l’Allemand, le Luxembourgeois dialogueront avec les langues captées en amont du spectacle, aujourd’hui : l’Arabe, l’Afghan, les Pachtoune, l’Albanais, le Soudanais…

L’ensemble de ces expériences et récits de vie seront le matériau sonore, écrit et musical de notre futur création « EXILS » afin d’écrire le tableau exemplaire des déchirements qui sont à l’œuvre dans les migrations d’aujourd’hui et dans celles qui s’annoncent comme inévitables pour demain. De ces multiples expériences en amont et en aval du spectacle nous créeront les ponts que nous lancerons entre les gens par le biais de la poésie et la défense des valeurs communes afin de créer le véritable lieu d’un spectacle vivant.

CRÉDITS DE PRODUCTION


Une production de la compagnie Pardès rimonim,

En coproduction avec le réseau européen Bérénice comprenant le festival Passages de Metz, l’EPCC Metz en Scènes, le Théâtre de Liège (Belgique), et le Trier Theater (Allemagne), avec le Théâtre Ici&Là de Mancieuilles et Scènes et Territoires en Lorraine. 

Recherche de partenariat en cours